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Lettre de Vincent van Gogh à Théo van Gogh
Dordrecht, 22 mars 1877

Van Gogh

Cher Théo,

Je veux que tu aies une lettre de moi pendant ton voyage. Quelle bonne journée nous avons passée ensemble à Amsterdam ; je suis resté et ai regardé ton train partir jusqu’à ce que je ne puisse plus le voir. Nous sommes de si vieux amis déjà – combien de fois n’avons-nous pas marché ensemble dans les champs noirs de jeune maïs vert à Zundert, où en cette période de l’année nous écouterions l’alouette avec Père. Ce matin je suis allé chez l’oncle Stricker avec oncle Cor et nous avons eu une longue discussion sur tu sais quel sujet. Le soir, à six heures et demie, oncle Cor m’a ramené à la gare. C’était un beau soir et tout semblait rempli d’expression, c’était calme et les rues étaient un peu embrumées, comme elles le sont si souvent à Londres. L’oncle avait eu mal aux dents dans la matinée, mais heureusement cela n’a pas duré. En route, nous sommes passés par le marché aux fleurs. Comme on a raison d’aimer les fleurs et la verdure de pins, du lierre et des haies d’aubépines ; elles nous ont accompagnés tout le long.

J’ai écrit à la maison pour dire ce que nous avons fait à Amsterdam et ce dont nous avons parlé. À mon arrivée ici j’ai trouvé une lettre de chez nous chez les Rijken. Père n’a pas pu prêcher dimanche dernier et le révérend Kam l’a remplacé. Je sais que son cœur brûle que quelque chose arrive qui me permette de suivre ses pas, non pas seulement une partie de sa route, mais toute la route. Père a toujours attendu cela de moi. Oh, que cela arrive et soit béni.

Les gravures que tu m’as données, « le Ciel et la Terre disparaîtront, mais mes mots ne disparaîtront pas », et le portrait du révérend Heldring sont déjà accrochés dans ma petite chambre. Oh, que je suis content de les avoir, ils me remplissent d’espoir.

T’écrire au sujet de mes projets m’aide à clarifier et poser mes pensées. Pour commencer, je pense au texte, « c’est mon lot que de garder Ta parole ». J’ai un tel désir de faire mien les trésors de la parole biblique, de devenir profondément et tendrement familier de toutes ces vieilles histoires, et par-dessus tout de tout ce que nous connaissons du Christ.

Dans notre famille, qui est une famille chrétienne au sens fort du terme, il y a toujours eu, aussi loin que l’on se rappelle, quelqu’un qui de génération en génération prêchait l’Évangile. Pourquoi n’y aurait-il pas un membre de notre famille aujourd’hui qui se sente appelé à ce ministère, et qui aurait quelque raison de supposer qu’il peut, et doit, se déclarer et chercher les moyens d’atteindre ce but ? C’est ma prière et mon fervent désir que l’esprit de mes père et grand-père puissent m’accompagner, qu’il me soit accordé de devenir chrétien et un travailleur chrétien, que ma vie ressemble le plus possible à celles de ceux que je viens de mentionner – car regarde, le vieux vin est bon et je n’en désire pas de nouveau. Que leur Dieu soit mon Dieu et leur peuple mon peuple, que mon lot soit de connaître le Christ dans tout son rayonnement et d’être inspiré par sa charité.

Cela est dit si admirablement dans le texte, « Empli de chagrins, et pourtant toujours réjoui » : voilà de quoi est faite cette charité et dans les Cor. 13 elle « supporte toutes choses, crois toutes choses, espère en toutes choses, endure toutes choses. La charité n’est jamais mise en échec ».

Mon cœur est aujourd’hui rempli du texte des compagnons en route pour Emmaüs, quand c’était le soir et le soleil descendait : « Mais ils le supplièrent de rester avec eux ».

« Empli de chagrins, et pourtant toujours réjoui », cela t’est cher à toi aussi. Garde-le présent à l’esprit car c’est un bon texte et un bon manteau pour se protéger des orages de la vie. Garde-le à l’esprit en ces temps où tu traverses tant de choses. Et prends garde, car bien que ce que tu aies connu ne soit pas rien, il me semble que ce que réserve l’avenir est plus grand encore et tu seras confronté à la parole du Seigneur : Je vous ai aimés d’un Amour éternel, comme celui que conforte sa mère, je vous réconforterai. Je vous réconforterai comme celui qui réconforte sa Mère. Je vous donnerai un autre Consolateur, et même l’Esprit de vérité. Je ferai une nouvelle alliance avec vous. Partez, ne touchez pas de chose souillée, et je vous recevrai comme un peuple, et serai votre Dieu. Et je serai pour vous un Père, et vous serez mes fils et mes filles. Détestez le mal et les lieux où règnent la violence, leur fausse splendeur est trompeuse et vous tentera comme le diable a essayé de tenter le Christ en lui montrant « tous les royaumes de la Terre et leur gloire », en disant, « Toutes ces choses je te les donnerai, si tu chutes et te mets à m’adorer ». Il y a quelque chose de mieux que la gloire des choses de ce monde, à savoir la sensation quand notre cœur brûle à l’intérieur de nous en entendant Sa parole, la foi en Dieu, l’amour du Christ, la conviction de l’immortalité, dans la vie ci-après.

Accroche-toi à ce que tu as, Théo, mon garçon, mon frère que j’aime, j’attends avec tant de ferveur d’atteindre le but que tu sais, mais comment puis-je l’atteindre ? Si seulement tout était déjà derrière moi, comme c’est derrière Père, mais cela demande tant de travail assidu pour devenir un travailleur de Dieu et prêcher l’Évangile et en semer la Parole. Tu vois, Père peut compter ses services religieux, ses lectures de la Bible, les visites aux malades et aux pauvres et les sermons qu’il a écrits par milliers, et pourtant il ne regarde pas en arrière mais au contraire continue à faire le bien. Lève les yeux vers le ciel et demande que cela me soit accordé, comme je le demande pour toi. Qu’il accède au désir de ton cœur, Celui qui nous connaît mieux que nous nous connaissons nous-mêmes, qui est au-dessus de toute prière et de toute pensée, puisque Ses voies dépassent les nôtres et Ses pensées nos pensées, aussi haut que le Ciel est au-dessus de la Terre. Et que la pensée du Christ comme un Consolateur et de Dieu comme une demeure élevée soit avec toi.

Que ton voyage se passe au mieux, écris-moi bientôt et reçois ma poignée de main en pensées. Au revoir, et crois-moi toujours

Ton frère aimant,

Vincent

J’espère que Père sera bientôt mieux. Essaye d’être à Etten à Pâques, ce sera si bon d’être à nouveau rassemblés.On pourrait dire de beaucoup de choses passées, et aussi de ce que tu as traversé : « Tu le comprendras après bien des jours ».


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