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Lettres de ses parents à Théo van Gogh (extraits)

Van Gogh

Zundert, 1879 De Mme Van Gogh à Théo
27 février 1879

Verhaegen, un colporteur à qui Papa envoyait aussi ses lettres au début, et chez qui Vincent avait été chaleureusement accueilli les huit premiers jours ; c’est lui qui avait trouvé cette bonne pension chez Denis.

[...] Il faut que je te dise à présent que Papa est allé voir Vincent cette semaine. Nous étions inquiets au sujet du mauvais temps chez lui, mais surtout parce que, pendant mon absence, nous avions reçu une lettre alarmante de lui confirmant nos craintes : il n’a pas de lit ni personne pour veiller sur ses affaires, mais loin de se plaindre, il disait que cela ne regardait personne, etc.

Nous étions en train de lui préparer un colis, mais avons pensé tous les deux qu’il vaudrait mieux que Papa le lui porte lui-même.

De Mme Van Gogh à Théo

19 août 1879

Mais à présent, il faut que je t’annonce une nouvelle : Vincent, que nous avions vivement prié de venir nous rendre visite parce que nous nous inquiétions fort à son sujet et qu’il n’avait rien à faire là-bas, a fait une soudaine apparition vendredi dernier [le 15 août]. Les filles étaient parties faire du bateau avec les Gezink.

Tout à coup nous avons entendu « Bonjour Père, bonjour Mère » : c’était lui. Nous nous réjouîmes, malgré sa maigreur ; il va mieux maintenant ; c’était sans doute le fait de ses marches et de la mauvaise nourriture, etc. – ce dont il ne parle jamais, d’ailleurs. Mais il semble en bonne santé, même si ses vêtements sont en piteux état. Papa lui a immédiatement donné sa veste neuve à laquelle il tenait beaucoup. Nous lui avons acheté une paire de bottes, et il porte à présent chaque jour le petit manteau d’été que j’avais fait pour l’anniversaire de Papa.

Certains de tes vieux sous-vêtements se sont avérés bien utiles eux aussi. Quant aux bas, je les avais préparés à l’avance, si bien qu’il ne lui manque plus rien. Il lit toute la journée des romans de Dickens et ne parle que lorsqu’il est interrogé. Ses réponses sont parfois sensées, parfois étranges ; si seulement il pouvait tirer exemple de ces livres ! Pour ce qui est du reste, de son travail, de son avenir, pas un mot... Demain, il ira avec Papa à Prinsenhage, où les garçons de CM viendront voir les peintures ; ils prendront le train. Papa et Vincent iront à pied, peut-être parlera-t-il un peu.

Du révérend Van Gogh à Théo

11 mars 1880

Vincent est toujours ici, mais hélas ! il nous cause bien du souci. Il parle à présent d’aller à Londres pour parler au révérend Jones. S’il y tient vraiment, je le laisserai partir, mais c’est peine perdue.

Du révérend Van Gogh à Théo

5 juillet 1880

Cette lettre que Vincent t’a écrite m’a certes donné bien du plaisir. Mais, oh ! Que va-t-il advenir de lui, et quelle folie que de choisir une vie de pauvreté, de laisser le temps s’écouler sans chercher la moindre occasion de gagner son propre pain ! Oui, c’est une véritable folie. Mais il nous faut l’accepter. Nous avons tenté bien des choses, en vain. Tu devrais peut-être lui répondre ; je lui ai envoyé soixante francs fin juin, pour lesquels il m’a remercié ; peu après nous lui avons envoyé des vêtements. Penser à lui est une souffrance, et nous pensons à lui constamment.

[Lignes ajoutées par Mme Van Gogh] Nous sommes d’accord avec ce que tu écris sur Vincent, mais si ses lectures le mènent à cela, est-ce une bonne occupation ? Sans parler des idées qu’elles lui donnent. Il nous a envoyé un livre de Victor Hugo ; cet homme-là prend le parti des criminels et ne voit pas le mal là où il est. Où irait le monde si l’on parlait du mal comme du bien ? Même avec les meilleures intentions du monde, c’est inacceptable. Lui as-tu répondu ? Si non, fais-le ; nous sommes heureux qu’il ait pensé à toi, mais si tristes qu’il ne se soit confié à personne pendant son séjour ici. Voilà bien longtemps que nous n’avons plus rien reçu de lui.

Nous allons lui écrire de nouveau.


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